Dans un coin du monde de la finance se trouve le trader discrétionnaire. C'est le cowboy. Il s'appuie sur son intuition, son expérience et sa capacité à « lire le marché ». Il considère le marché comme une « bête vivante et respirante » qu'on peut dompter à force de passer du temps devant les écrans et de consommer de la caféine.
Dans l'autre coin se trouve le trader algorithmique . C'est l'ingénieur. Il considère le marché comme un « problème mathématique » à résoudre. Il écrit du code, effectue des tests rétrospectifs sur les données et laisse un serveur hébergé dans un centre de données gérer l'exécution selon des règles prédéfinies pendant son sommeil.
Le débat entre les deux est souvent présenté comme « l'art contre la science ». Le trader manuel affirme qu'un ordinateur ne pourra jamais saisir les subtilités d'une vente panique. Le trader algorithmique, quant à lui, soutient qu'un humain ne pourra jamais agir avec la rigueur et la discipline implacable d'une machine.
La vérité, comme souvent, se situe entre les deux. Le marché ne privilégie aucune approche par rapport à une autre. Le choix ne porte pas sur la méthode « meilleure », mais sur celle qui permet de pallier au mieux vos faiblesses spécifiques.
Plaidoyer pour le trading manuel : le facteur humain
Le trading manuel est la forme la plus ancienne de ce jeu. Il n'y a que vous, le graphique et le bouton d'achat.
Le principal avantage de l'opérateur humain réside dans son adaptabilité. Un humain peut analyser un graphique et se dire : « Techniquement, c'est un signal d'achat, mais le président de la Réserve fédérale vient de prendre la parole et il a l'air en colère, alors je préfère m'abstenir. »
Un algorithme ne peut évaluer le ton, le contexte ou les facteurs non quantifiables lors d'un entretien ou d'une conférence téléphonique. Il ne peut pas saisir l'ambiance. Un trader expérimenté peut traiter des informations qualitatives, des actualités, des sentiments et des rumeurs d'une manière qu'un code ne peut tout simplement pas.
Le cerveau humain est également une machine à reconnaître les schémas incroyablement sophistiquée. Il peut repérer des relations complexes et non linéaires, difficiles à programmer. Un trader manuel peut naviguer sur un marché volatil et imprévisible en ajustant ses biais en fonction de l'évolution de la situation.
L'inconvénient, bien sûr, c'est que le cerveau humain est aussi très émotionnel. Les humains se fatiguent, ont faim et deviennent réactifs. Un trader manuel qui subit trois pertes consécutives sera peut-être plus enclin à prendre une quatrième position, malvenue, juste pour obtenir la décharge de dopamine d'un gain potentiel. Le plus grand atout du trader manuel, son cerveau, est aussi son plus grand handicap.
Plaidoyer pour le trading automatisé : l’exécution à froid
Le trading automatisé consiste à réduire la part d'émotion dans le jugement . Il s'agit de transformer une stratégie en un ensemble rigide de règles exécutées sans hésitation.
Le principal avantage de la machine réside dans sa discipline. Un algorithme ne se remet pas en question. Il n'espère pas qu'une position perdante se retourne contre lui. Il ne modifie pas un ordre stop-loss par simple intuition. Il exécute le plan à la lettre, systématiquement.
Cette constance permet un atout majeur pour les traders manuels : la scalabilité. Un algorithme peut surveiller cinquante marchés simultanément. Il peut exécuter des transactions en quelques millisecondes. Il peut trader 24 h/24 sans interruption.
De plus, les stratégies automatisées peuvent être testées rétrospectivement. Vous pouvez appliquer vos règles à des données historiques afin d'évaluer si une idée aurait fonctionné dans des conditions passées. Un trader manuel dispose rarement de ce niveau de vérification objective ; il se fie à sa mémoire sélective et à sa confiance.
L'inconvénient majeur réside dans sa rigidité. Un algorithme n'est performant que si son code l'est également. Si les conditions de marché changent, si la volatilité s'emballe ou si la liquidité se tarit, l'algorithme risque de continuer à appliquer les anciennes règles tant qu'il n'est pas ajusté ou arrêté. C'est un système où « données erronées en entrée, données erronées en sortie ». Si la logique est défaillante, l'ordinateur exploitera cette faille avec une efficacité redoutable.
L’approche « Centaure » : Le meilleur des deux mondes
Les traders avisés cessent souvent de mener ce combat et optent pour une troisième voie. Le modèle « Centaure » allie l’intuition humaine à la précision des machines.
Dans ce modèle, l'ordinateur effectue les tâches répétitives. Il analyse des milliers d'actions à la recherche d'opportunités. Il alerte le trader lorsque des critères spécifiques sont remplis. Il calcule instantanément la taille de la position et les paramètres de risque.
Mais c'est l'humain qui prend la décision finale.
L'intervention humaine permet de vérifier la cohérence de l'opération. L'utilisateur examine la configuration trouvée par l'ordinateur et se demande : « Est-ce cohérent avec le contexte global du marché ? » L'humain gère le risque macroéconomique, tandis que l'ordinateur gère l'exécution microéconomique.
Cette approche utilise la technologie pour tirer parti des compétences humaines, plutôt que de les remplacer. Elle permet au trader de se concentrer sur la stratégie de haut niveau tout en externalisant les tâches fastidieuses et répétitives à la machine.
Lequel vous convient le mieux ?
Choisir entre le trading manuel et automatisé est un test de personnalité.
Si vous êtes un perfectionniste qui a besoin de ressentir les fluctuations du marché, le trading manuel est fait pour vous. Vous avez besoin de l'autonomie nécessaire pour changer d'avis. Vous acceptez que vos émotions constituent un facteur de risque et vous mettez en place des systèmes pour les gérer.
Si vous êtes un esprit analytique qui privilégie la logique à l'adrénaline, le trading automatisé est fait pour vous. Vous appréciez davantage le processus de conception et de test des systèmes que l'acte de trader lui-même. Vous êtes conscient qu'il vous faut être à la fois programmeur et data scientist, autant que trader.
Nombreux sont ceux qui ont du mal avec l'automatisation car ils la perçoivent comme une source de revenus passifs. Ils s'attendent à déployer un système et à s'en désintéresser. En réalité, l'automatisation exige une supervision constante. Le trading manuel, quant à lui, est un sport de performance. Les deux activités requièrent du travail et une prise en compte du risque. La seule erreur consiste à se prendre pour un robot quand on est humain, ou à se prendre pour un génie quand on ne fait que deviner.
Dernier rappel : le risque ne dort jamais.
Attention : le trading comporte des risques. Ces informations sont fournies à titre pédagogique uniquement et ne constituent pas un conseil en investissement.