La plupart des gens attendent décembre avec impatience pour les fêtes de fin d'année. Les traders, quant à eux, appréhendent cette période avec un mélange d'enthousiasme et d'appréhension. C'est un moment où le comportement des marchés change souvent. Les grandes institutions, les fonds de pension, les hedge funds et les teneurs de marché commencent à préparer leurs valises pour Aspen et Saint-Barthélemy. Le volume des transactions diminue généralement et ce sont les traders juniors qui se retrouvent aux commandes.
Cela crée un environnement unique, potentiellement complexe. Les règles habituelles s'assouplissent. Les niveaux de support deviennent de simples suggestions. Les tendances stagnent. Mais au sein de ce marché restreint et calme, des opportunités spécifiques se présentent à ceux qui comprennent les subtilités saisonnières.
Investir pendant les fêtes ne consiste pas à rechercher agressivement des gains importants. Il s'agit de comprendre le « rallye de Noël », de tenir compte de la réduction des liquidités et de se préparer au changement de conditions qui accompagne souvent la réinitialisation de janvier.
Le piège de la liquidité : quand les adultes quittent la pièce
La principale caractéristique des échanges pendant les périodes de fêtes est souvent la faible liquidité. Lorsque les principaux acteurs se retirent du marché, le nombre d'acheteurs et de vendeurs disponibles pour absorber les ordres diminue.
Cela a deux effets majeurs :
- La phase de consolidation : Les marchés ont tendance à stagner pendant des heures. Une configuration qui déclenche habituellement une forte hausse peut au contraire se traduire par une lente et prolongée consolidation. Le faible volume d'échanges signifie une participation insuffisante pour soutenir un mouvement.
- Le pic : À l'inverse, une faible liquidité signifie qu'un ordre relativement petit peut avoir un impact plus important sur le marché que d'habitude. Une information capitale et soudaine sur un marché peu liquide peut entraîner des hausses de prix exagérées. Les ordres stop peuvent être déclenchés plus facilement car le carnet d'ordres est peu fourni.
Pour les scalpeurs et les day traders, c'est un véritable cauchemar. Les spreads peuvent s'élargir, le slippage augmenter et le rapport signal/bruit grimpe souvent en flèche. La solution la plus judicieuse pour de nombreux traders à court terme est tout simplement de réduire la taille de leurs positions ou de prendre des vacances. Trader activement dans des conditions de faible liquidité peut accroître l'exposition au risque, surtout sur des horizons temporels courts.
Le « rassemblement du Père Noël » : mythe ou réalité mathématique ?
Chaque année, les médias financiers attendent avec impatience le « rallye du Père Noël ». Il s'agit de la tendance historique du marché boursier à progresser durant les cinq derniers jours de bourse de décembre et les deux premiers jours de bourse de janvier.
Statistiquement, ce phénomène est fréquent. Depuis 1950, l'indice S&P 500 a enregistré une hausse moyenne d'environ 1,3 % sur cette période de sept jours. Il est souvent cité comme l'un des schémas saisonniers les plus constants en finance.
Pourquoi cela se produit-il ? Les théories abondent. Certains évoquent la spéculation fiscale, qui provoque un « effet de levier » avant un rebond. D’autres parlent des primes de fin d’année versées sur les comptes de retraite. Les sceptiques, quant à eux, pensent que les pessimistes partent simplement en vacances, laissant les acheteurs faire grimper les prix sur un marché à faible volume, sans aucune résistance.
La stratégie ici n'est pas de tout miser sur le Père Noël. Il s'agit d'adopter une position longue. Vendre à découvert sur un marché de faible volume pendant les fêtes est notoirement risqué. La tendance est généralement à la hausse. Les swing traders cherchent souvent à acheter lors des replis à la mi-décembre, se positionnant ainsi pour profiter de la dynamique haussière jusqu'au Nouvel An.
Le rebond fiscal : les déchets d'un homme…
Alors que le marché dans son ensemble évolue dans une certaine direction, certaines actions peuvent offrir une opportunité plus tactique. C'est le principe du « rebond fiscal ».
En novembre et début décembre, les investisseurs vendent souvent leurs titres les plus dépréciés afin de bénéficier de déductions fiscales. Ces actions fortement dépréciées peuvent subir une pression à la vente intense, les faisant souvent chuter bien en dessous de leur juste valeur. Elles deviennent alors les laissées-pour-compte du marché.
Mais une fois la pression à la vente retombée, généralement durant la dernière semaine de décembre, ces actions peuvent connaître un net rebond. Les vendeurs ont terminé leur travail. L'offre se raréfie. Les investisseurs à la recherche de bonnes affaires entrent en scène.
L'approche consiste à surveiller les actions qui ont subi une forte chute depuis le début de l'année, mais qui présentent de bons fondamentaux. On les achète durant les dernières semaines de décembre, en quelque sorte après la fin de la période de forte baisse. Il s'agit d'une thèse de retour à la moyenne, et non d'une certitude, fondée sur l'idée que des pressions à la vente temporaires peuvent fausser les cours.
L’effet janvier : se positionner pour la réinitialisation
La période des fêtes est en quelque sorte le prélude au mois de janvier. Le premier mois de l'année est souvent marqué par un afflux massif de capitaux frais. Les fonds de pension sont rééquilibrés et de nouvelles allocations sont déployées. L'« effet janvier » désigne la tendance historique des actions à faible capitalisation à surperformer les actions à forte capitalisation début janvier.
Les investisseurs les plus avertis profitent de la période calme des fêtes pour établir leurs listes de surveillance. Ils ne se contentent pas d'observer le graphique en temps réel. Ils repèrent les secteurs vers lesquels les institutions sont susceptibles de se tourner. Ils recherchent la « force relative » : les actions qui résistent bien tandis que le reste du marché évolue dans une certaine direction.
Si le cours d'une action reste stable pendant la période creuse des fêtes, c'est souvent le signe que certains investisseurs accumulent discrètement des titres. Lorsque les volumes reprennent en janvier, ces stocks accumulés sont souvent les premiers à exploser.
En résumé : survivre jusqu'en janvier
Pour la plupart des gens, la meilleure stratégie à adopter pendant les vacances est de fermer son ordinateur portable. Le rapport risque/rendement est souvent défavorable sur un marché peu liquide. Les mouvements sont aléatoires, les spreads importants et le coût d'opportunité lié au manque de temps en famille est élevé.
Si vous devez échanger, changez d'équipement.
- Réduisez la taille de vos positions : divisez par deux la taille de vos positions. La volatilité des marchés peu liquides exige des stops plus larges.
- Élargissez votre horizon temporel : ignorez les fluctuations du graphique en 5 minutes. Consultez les graphiques journaliers ou en 4 heures pour obtenir des signaux plus clairs.
- Soyez patient : les remplissages seront plus lents. Les sorties seront moins fiables. N’essayez pas d’agir là où il n’y a rien à faire.
Le marché sera de retour en janvier. Généralement, il sera plus dynamique, plus profond et plus liquide. L'objectif de décembre n'est pas de briller, mais de protéger votre capital afin d'être prêt lorsque les choses sérieuses reprendront.
Dernier rappel : le risque ne dort jamais.
Attention : le trading comporte des risques. Ces informations sont fournies à titre pédagogique uniquement et ne constituent pas un conseil en investissement.